I

«  « Si je ne te lave pas, tu ne pourras avoir part avec moi dans mon Royaume. »
Ame que j’aime, et vous tous que j’aime, écoutez-moi. C’est moi qui vous parle, car je désire passer cette heure avec vous.
Moi, Jésus, je ne vous repousse pas de mon autel même si vous y venez l’âme couverte de plaies et de maladies, ou bien prise dans les lianes de passions qui vous humilient dans votre liberté spirituelle en vous livrant mains liées au pouvoir de la chair et de son roi : Lucifer.
Je suis toujours Jésus, le rabbi de Galilée, celui que les lépreux, les paralytiques, les aveugles, les obsédés et les épileptiques hélaient à grands cris en disant : « Fils de David, aie pitié de nous ! » et lui dit : « Pourquoi doutes-tu de moi ? » Je suis toujours Jésus, le Rabbi qui ordonne aux morts : « Lève-toi et marche. Je le veux. Sors de ton sommeil de mort, de ton tombeau, et marche », et vous rend à ceux qui vous aiment.
Or qui est-ce qui vous aime, mes bien-aimés ? Qui vous aime d’un amour vrai, pas égoïste, immuable ? Qui vous aime d’un amour désintéressé, qui n’est pas avare, et dont le seul but est de vous donner ce qu’il a accumulé pour vous et de vous dire : « Prends. Tout cela est à toi. J’ai fait tout cela pour toi, pour que cela t’appartienne et que tu puisses en profiter » ? Qui ? Le Dieu éternel. C’est à lui que je vous rends, à lui qui vous aime.
Je ne vous repousse pas de mon autel. Cet autel est en effet ma chaire, c’est mon trône, c’est la demeure du Médecin qui guérit tout mal. C’est de là que je vous apprends à avoir foi. C’est de là que, en tant que Roi de Vie, je vous procure la Vie. C’est encore de là que je me penche sur vos maladies et les guéris par le souffle de mon amour.
Je fait encore plus, mes enfants. Je descends de cet autel pour venir à votre rencontre. Je me tient sur le seuil de mes maisons où trop peu d’entre vous entrent, et moins encore avec une foi certaine. J’apparais, figure de paix, sur les chemins sur lesquels vous passez, accablés, empoisonnés, brûlés par la souffrance, l’intérêt ou la haine. Je vous tends la main parce que je vous vois vaciller de fatigue sous le poids des fardeaux que vous vous êtes imposés vous-mêmes et qui ont pris la place de cette croix que je vous avais mise en main afin qu’elle vous serve de soutien, comme l’est le bourdon pou le pèlerin. Et je vous dis : « Entre. Repose-toi. Bois », car je vous vois épuisés et assoifés.
Or vous ne me voyez pas. Vous passez à côté de moi, vous me heurtez, parfois par animosité, parfois par obscurcissement de la vue spirituelle, parfois même vous me regardez. Mais vous connaissez votre saleté en sorte que vous n’osez pas vous approcher de ma pureté d’Hostie divine. Or cette pureté sait ressentir de la compassion pour vous. Apprenez à me connaître, vous les hommes qui vous méfiez de moi parce que vous ne me connaissez pas.
Ecoutez. Si j’ai voulu quitter la Liberté et la Pureté qui sont l’atmosphère du ciel et descendre dans vos prisons, dans cet air nauséabond, pour vous aider, c’est parce que je vous aime. J’ai fait mieux : je me suis privé de ma liberté de Dieu et je me suis rendu esclave d’une chair. L’esprit de Dieu enfermé dans une chair, l’Infini enserré dans une poignée de muscles et d’os, sujet aux sensations de cette chair qui souffre du froid et du soleil, de la faim, de la soif comme de la fatigue. Je pouvais tout ignorer, mais j’ai voulu connaître les tortures de l’homme déchu de son trône d’innocent pour vous aimer davantage.
Cela ne m’a pas encore suffi. Comme, pour compatir, il faut subir ce qu’endure l’autre, j’ai voulu ressentir l’assaut de tous les sentiments pour sentir vos luttes, pour comprendre quel subtil tyrannie Satan vous mêt dans le sang, pour comprendre combien il est facile d’être hypnotisé par le Serpent si l’on baisse les yeux un seul instant sur son regard fascinant, en oubliant de vivre dans la lumière. En effet, le serpent ne vit pas à la lumière. Il va dans les recoins ombragés qui semblent reposants, mais ne sont que des guet-apens. En ce qui vous concerne, ces ombres ont un nom : femme, argent, pouvoir, égoïsme, sensualité, ambition. Elles éclipsent à vos yeux la Lumière, qui est Dieu. Le Serpent s’y trouve, et c’est Satan. Il a l’air d’un collier, mais c’est la corde qui vous étrangle. J’ai voulu connaître cela par amour de vous.
Cela ne m’a pas encore suffi. Pour moi, cela aurait suffi. Mais la Justice du Père pouvait dire à sa Chair : « Tu as triomphé du piège. L’homme en tant que chair, comme toi, est incapable de triompher ; qu’il soit donc puni car je ne puis pardonner à ceux qui sont souillés ». J’ai pris sur moi vos souillures, celles du passé, du présent et de l’avenir, toutes. Plus que Job plongé dans un tas de fumier putride pour couvrir ses plaies, j’ai été plongé par le pêché de tout un monde, si bien que je n’osais même plus lever les yeux pour chercher le ciel, et je gémissais en sentant peser sur moi le courroux du Père accumulé depuis des siècles, tout en étant conscient des fautes à veir. Un déluge de fautes sur la terre, de son aube à sa nuit. Un déluge de malédictions sur le Coupable, sur l’Hostie du Péché.
Ô hommes ! J’étais plus innocent qu’un bébé embrassé par sa mère au retour de son baptême. Or je faisais horreur au Très-Haut : j’étais en effet le Péché, puisque j’avais pris sur moi tout le péché du monde. J’ai sué de répugnance. J’ai sué du sang sous l’effet de la répugnance que j’éprouvais pour cette lèpre sur moi, qui était l’Innocent. Le sang m’a rompu les veines sous l’effet de mon dégoût pour cette marre fétide dans laquelle j’étais plongé. Et pour parachever cette torture, pour me vider le sang du cœur, il s’y est ajouté l’amertume d’être maudis, car, à cette heure-là, je n’étais pas le verbe de Dieu, j’étais l’Homme. L’Homme. Le Coupable.
Pourrais-je donc ne pas comprendre votre déchéance, moi qui en est fait l’expérience, et ne pas vous aimer sous prétexte que vous êtes avilis ? Je vous aime pour cette raison. Il me suffit de me rappeler de cette heure pour vous aimer et vous appeler : »Mes frères ! » Mais vous appeler ainsi ne suffit pas pour que le Père puisse vous appeler : « Mes enfants ». Or je désire qu’il le fasse. Quel frère serais-je donc si je ne vous voulais pas avec moi dans la Maison du Père ?
C’est pourquoi je vous dis : »Venez, afin que je vous lave. » Rien n’est sale au point que mon bain ne puisse le nettoyer. Personne n’est pur au point que mon bain ne puisse le nettoyer. Personne n’est pur au point de ne pas avoir besoin de mon bain. Venez. Il ne s’agit pas d’eau, ici. Il existe des fontaines miraculeuses qui guérissent les plaies et les maladies du corps. Mais la mienne leur est bien supérieure ? Cette source jaillit de ma poitrine.
Voici le Cœur déchiré dont jailli l’eau qui lave. Mon Sang est l’eau la plus limpide qui soit dans la création. En elles, toute infirmité et imperfection disparaissent. Votre âme redevient blanche et intacte, digne du Royaume.
Venez. Laissez-moi vous dire : « Je t’absous ! » Ouvrez-moi votre cœur. C’est en lui que se trouvent les racines de vos malheurs. Laissez-moi y pénétrer. Laissez-moi défaire vos liens. Vos plaies vous font-elles horreur ? Vues à ma lumière, elles apparaissent pour ce qu’elles sont : grouillantes de vers répugnants. Ne les regardez pas. Vous ne sentirez qu’une caresse… et tout sera guéri. Vous ne sentirez qu’un baiser et une larme. Et tout sera purifié.
Oh ! Comme vous serez beaux alors, autour de mon autel ! Des anges parmi les anges du ciboire. Mon cœur en éprouvera une grande joie. Car je suis le Sauveur, et je ne méprise personne. Mais je suis également l’Agneau qui paît au milieu des lys, et d’être entouré de pureté fait mes délices, car j’ai pris vie et donné ma vie pour vous rendre purs.
Oh, comme je vois le Père vous sourire et l’Amour vous faire resplendir de ses splendeurs, car vous n’êtes pas souillés par le péché !
Venez à la source du Sauveur. Que mon Sang descende sur l’âme repentante et qu’une voix, dans laquelle la mienne est présente, dise : »Je t’absous au nom du Père, et du Fils et du Saint-Esprit » »

 

II

« « L’un de vous me trahira. »
L’un de vous ! Oui, dans la proportion d’un sur douze, l’un de vous me trahit.
Chaque trahison m’est plus douloureuse qu’un coup de lance. Regardez l’Humanité de votre Rédempteur. De la tête aux pieds, ce n’est qu’une blessure. La flagellation fait horreur à celui qui médite dessus et met à l’agonie celui qui en fait l’expérience. Mais ce fut un supplice d’une heure. Vous qui me trahissez, vous flagellez mon Cœur, ei voici des siècles que vous le faites.
Je vous ai aimés. Je vous aime. J’ai piti é de vous. Je vous pardonne. Je vous lave en donnant mon Sang pour qu’il devienne pour vous bain purificateur. Or vous me trahissez.
Je suis le Verbe de Dieu. Je suis glorieux au ciel. Mais je n’y suis pas seulement en tant qu’esprit. J’y suis aussi comme Chair. La chair éprouve des sentiments et des affections. Pourquoi voulez-vous sans cesse renouveler en moi ce feu rongeant qu’est la proximité d’un traitre ? Le Ciel est loin ? Non, mes enfants qui me trahissez. Je suis proche de vous. Je me tiens parmi vous. Mais vous me brûlez de la flamme de votre trahison.
A la recherche de quelque réconfort, je tourne les yeux vers les différentes sortes de gens. Dans chacune, je rencontre une foule de regards de traîtres. Pourquoi me trahissez-vous ? Je me tiens parmi vous pour vous faire du bien. Pourquoi voulez-vous me faire du mal ? Je vous apporte mes dons. Pourquoi jetez-vous contre moi des vipères qui mordent ? Je vous appelle : « Amis ». Pourquoi me répondez-vous : « Maudit » ? Que vous ai-je donc fait ? Connaissez-vous un homme qui sois plus patient et meilleur que moi ?
Regardez. Quand vous êtes heureux, personne ne vous abandonne. Mais si vous pleurez, si la richesse vous abandonne, si une maladie vous rend contagieux, alors tous s’éloignent de vous. Moi je reste. Mieux, c’est justement à ce moment-là que je vous accueille, parce que vous venez à moi. Vous n’avez plus personne auprès de qui pleurer et à qui parler, et c’est alors que vous vous souvenez de moi. Et moi, je ne vous dis pas : « Va t’en, je ne te connais pas. «  Certes je pourrais le dire puisque, de fait, vous n’êtes jamais venu me dire, alors que vous étiez riches, en bonne santé et heureux : « Je le suis et je t’en remercie. »
Mais non. Je n’exige pas même cela de ceux qui ne sont pas des géants d’amour. Je ne demande pas de « merci ». il me suffirait que vous me disiez : « Je suis heureux. » Que vous me le disiez à moi. Que vous ne me considériez pas comme étranger à vous. Que vous vous rappeliez que j’existe moi aussi. Que vous ayez une pensée pour ce Jésus. Le « merci », c’est moi qui le dirait pour vous à Dieu, votre Père et le mien. Or vous ne venez jamais. Je pourrais certes dire : « Je ne vous connais pas. » Au contraire, je vous ouvre les bras et je vous dis : « Viens, pleurons ensemble. »
Regardez. Je suis dans les prisons, dans les cellules étroites et dégradantes, assis sur la même planche que le forçat, et je lui parle d’une liberté plus vraie que celle qui se trouve en dehors de ces quatre murs, d’une liberté qui ne craint plus d’être lésée par des fautes qui doivent êtres punies. Pourtant ce prisonnier m’a trahi en offensant ma loi d’amour. Peut-être a-t-il tué ou volé. Mais il m’appelle aujourd’hui. Me voici à ses côtés. Le monde le méprise. Moi, je l’aime. J’ai appelé « mon ami » celui qui me tuait et me prenait la vie. Je peut donc appeler « mon ami » ce malheureux qui revient vers moi.
Je me tiens, tel une flamme d’amour, auprès des malades. Leurs fièvres connaissent ma caresse, leur sueur mon suaire, leurs affaiblissements mon bras pour les soutenir, leurs angoisses ma paroles. Pourtant, un grand nombre parmi eux sont malades pour m’avoir trahi en violant ma loi. Ils ont servi la chair. Et la chair, cette bête folle, s’est détruite et les détruit, maintenant et jusqu’à leur prendre la vie. Me voici néanmoins, moi qui suis l’Unique à ne pas me lasser de leur mal et à veiller avec eux, à souffrir avec eux, à sourire à leurs espoirs et, dès que le Père le veut, à les changer en réalité. Mais si je vois que c’est la mort qui est décrétée, je prends ce frère, qui tremble devant le mystère de la mort et qui m’appelle, et je lui dis : »N’aie pas peur. Tu crois que les ténèbres t’attendent : c’est la lumière. Tu crois que la souffrance t’attend : c’est la joie. Donne-moi la main. Je connais la mort. Je l’ai connue avant toi. Je sais que cela ne dure qu’un instant, et que Dieu vient surnaturellement adoucir les fonctions sensorielles pour ne pas accabler l’âme au moment du dernier combat. Aie confiance. Regarde-moi, moi seul… Voilà ! Tu vois ? Tu as passé le seuil. Viens maintenant avec moi, auprès du Père. N’aie pas peur maintenant non plus. Je suis avec toi. Le père aime ceux que j’aime. »
Je me tiens dans les maisons désertes. Auparavant, toutes sortes de voix les réjouissaient. La mort où la misère est passée par-là. Le survivant erre tout seul. Les amis se sont enfuis, les personnes aimées sont parties, pour des raisons de travail ou à cause de la mort. Le soleil est bien dans le ciel, mais tout n’est que ténèbres pour le survivant. L’air nocturne a beau être paisible, mais il n’y a pas de repos pour le survivant. Et pourtant, combien de fois ne m’a-t-on pas trahi dans cette maison, en prenant les créatures pour des dieux ! On les a aimées de façon idolâtre en trahissant ma loi. Mais j’entre et je viens apporter un rayon dans les ténèbres, infuser de la paix là où règne la tempête. Ce survivant m’a appelé… peut-être distraitement… peut-être sans véritable volonté de me recevoir. Mais j’y vais sans attendre.
Oh ! Je ne demande rien d’autre que d’être avec vous. J’oublie toutes vos erreurs passées quand vous m’appelez : « Jésus ! »
Mais ne me flagellez pas le Cœur ! Il est déjà ouvert et vidé de son sang. N’envenimez pas sa blessure. A ceux qui ont déjà compris ma douleur d’homme trahi, je dis : « L’un de vous me trahira. Donnez-moi votre amour fidèle pour baume .» Cela, je le dis à tous : aux saints, mes préférés en tant que Dieu, comme aux pécheurs, mes préférés en tant que Jésus. Car même les pécheurs, pour qui je suis devenu Jésus, peuvent me guérir de ma blessure.
Etes-vous des Samaritains ? Je le sais. Mais ma parabole parle d’un bon Samaritain qui soigne les blessures non soignées par les fils de la Loi qui passent outre, absorbés qu’ils sont par la hâte de servir Dieu. Ils ignorent que l’on sert mieux Dieu par l’amour que par les pratiques rituelles.
Je suis le Blessé mourant sur vos chemins. Les brigands m’ont attaqué et dépouillé. Ces brigands osnt ceux qui mettent indignement à profit mon sacrifice de Dieu qui se fait chair. Ils me dépouillent, c’est à dire qu’ils nient mes attributs par leurs multiples hérésies. Ils dépouillent la Vérité, car la splendeur de ce vêtement leur fait envie. Mais ils ignorent que, s’il resplendit, c’est parce qu’il est porté par celui qui est Soleil ; dans leurs mains à eux, qui le couvrent de la bave de leur esprit orgueilleux, elle devient une loque quelconque. La Vérité est vérité, et elle illumine toute chose de cette lumière quand on la voit unie à Dieu. Divisée, elle devient un langage confus. Car la Vérité est connaissance et sagesse, mais coupée de Dieu, elle se transforme en chaos.
Quant à vous, soignez-moi, même si vous êtes des Samaritains. Tendez-moi votre huile et votre vin : l’huile, c’est l’amour, et le vin, la contrition de votre « moi ». Soignez-moi. Je ne vous méprise pas. Que la pécheresse qui rafraichit mes pieds las vous parle et vous dise si je méprise le pécheur !
Mais ne me trahissez plus jamais. Allez et ne péchez plus. Je vous pardonne tout si tout en vous m’aime. Donnez-moi un baiser sincère. Ma joue brûle du baiser des traitres. Soignez-la par le baiser de la fidélité. »

 

III

« « Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés. »
Depuis le berceau de Bethléem, et de Bethléem ao Mont des Oliviers, je vous ai aimés.
Le froid et la misère de ma première nuit dans le monde ne m’ont pas empêché de vous aimer de mon esprit et, en m’anéantissant moi-même jusqu’à ne pouvoir vous le dire, moi le Verbe, je vous ai adressé ces mots de mon esprit, qui est indissociable de celui du Père et mène avec lui une activitée inépuisable.
L’agonie de ma dernière nuit sur terre ne m’a pas plus empêché de vous aimer. J’ai atteint, au contraire, les plus hauts sommets de l’amour. Mieux, il a brûlé du plus vif incendie. Mieux encore, joint au dégoût du péché et à la douleur de l’abandon de mon Père, il a consumé tout ce qui n’était pas amour au point de vider le sang de mes veines.
Quel amour est-il plus grand que celui qui peut aimer tout en se sachant haï ? Moi, je vous ai aimés de cette façon. Le premier geste de mes mains fut une caresse, le dernier une bénédiction. Et entre ces deux gestes, apparus pour le premier dans l’obscurité d’une nuit d’hiver, et pour le dernier dans l’éclat d’un ardent matin d’été, ce sont trente-trois années de gestes d’amour qui correspondent à autant de mouvements d’amour : amour de miracles ; amour qui s’exprime par des miracles, par des caresses aux enfants et aux amis, amour de maître, de bienfaiteur, d’ami, amour et encore amour…
Cet amour est plus qu’humain lors de la dernière Cène. Avant d’être liées et transpercées, mes mains ont lavé les pieds des apôtres, même de celui à qui j’aurais voulu laver le cœur, puis elles ont rompu le pain. Avec ce pain, c’est mon Cœur qu’elles rompaient. C’est lui que je vous donnais. Car je savais mon retour au Ciel proche et je ne voulais pas vous laisser seuls. Je savais en effet combien vous oubliez facilement et je voulais que vous vous voyiez vous-mêmes, en frères assis autour d’une même table, autour de ma table, pour vous dire les uns les autres : « Nous appartenons à Jésus ! »
Y a t-il un plus grand amour que celui qui sait aimer son bourreau ? Pourtant, c’est ainsi que je vous ai aimés. La haine éteint la lumière. Même la simple rancœur obscurcit la paix. Dieu est paix, il est lumière, car Dieu est amour. Mais si vous n’aimez pas comme je vous ai aimés, vous ne pourrez posséder Dieu.
Comme, moi, je vous ai aimés, par conséquent sans actes d’orgueil. De ce tabernacle, de cette croix, de ce Cœur il ne sort que des paroles d’humilité. Je suis Dieu, je suis votre Serviteur, et je me tiens ici dans l’attente que vous me disiez : « J’ai faim » pour me donner à vous commePain. Je suis Dieu, et je m’expose à vos yeux, nu et maudit, sur du bois qui était échafaud d’infamie. Je suis Dieu et je vous prie d’aimer mon Cœur. Je vous en prie. Par amour pour vous, car si vous m’aimez vous vous faites du bien à vous-mêmes. Je suis Dieu. Avec ou sans votre amour, je suis toujours Dieu. Ce n’est pas votre cas : sans mon amour, vous n’êtes rien d’autre que de la poussière.
Je vous veux avec moi. Je vous veux ici. Je veux transformer votre poussière en lumière de béatitude. Je veux que vous ne mourriez pas mais que vous viviez, parce que je suis Vie, et je veux que vous ayez la Vie.
Aimez-vous sans égoïsme. Ce serait là un amour impur, destiné à mourir de maladie. Aimez-vous en désirant pour les autres plus de bien que vous ne vous en souhaitez à vous-mêmes. C’est fort difficile, je le sais. Mais voyez-vous ce Pain eucharistique ?Il a fait les martyrs. C’étaient des gens comme vous : peureux, faibles, même vicieux. Ce Pain en à fait des haros.
Dans le premier point, je vous ai montré mon Sang pour votre purification. Dans le troisième point, pour faire de vous des saints, je vous indique cette Table et ce Pain. Le Sang à rendu les pécheurs justes. Le Pain rend les justes saints. Un  bain purifie mais ne nourrit pas. Il rafraîchit, redonne des forces, mais ne devient pas chair dans la chair. La nourriture, en revanche, devient sang et chair, elle devient vous-mêmes. Ma Nourriture devient vous-mêmes. Oh ! Réfléchissez ! Regardez un petit enfant. Aujourd’hui il mange son pain, demain il en fera autant, puis tous les jours encore. Le voici qui devient homme : grand, robuste, beau. Est-ce sa mère qui l’a fait ainsi ? Non. Sa mère l’a conçu, porté, enfanté, allaité, et aimé, surtout aimé. Mais si ce petit enfant, après le lait, n’avait rien reçu d’autre que des bains, des baisers et de l’amour, il serait mort d’inanition. Cet enfant devient un homme parce qu’il s’alimente chaque jour.
Il en est de même de votre être spirituel. Nourrissez-le de la vraie Nourriture qui descend du ciel et qui vous apporte toutes les énergies pour vous rendre virils dans la grâce. Une virilité saine et forte est toujours bonne. Voyez comme il est facile à une personne indisposée d’être revêche, sans compassion ni patience. Ma Nourriture vous donnera une bonne santé et vous rendra fort dans la virilité spirituelle ; ainsi vous saurez aimer les autres plus que vous-mêmes, comme moi je vous ai aimés.
Car voyez, mes enfants, je ne vous ai pas aimés comme on s’aime soi-même, mais plus que moi-même, à telle enseigne que je suis allé à la mort pour vous sauver de la mort. Si vous aimez de cette manière, vous connaîtrez Dieu. Savez-vous ce que veut dire connaître Dieu ? Cela veut dire connaître le goût de la vraie Joie, de la vraie Paix, de l’Amitié vraie.
Oh ! L’Amitié, la Paix, la Joie de Dieu ! C’est la récompense promise aux bienheureux. Mais elle est déjà accordée à ceux qui aiment sur terre de tout leur être.
Pour être vrai, l’amour ne se borne pas aux mots. Il se traduit dans les faits. Il est actif comme sa source, qui est Dieu. Et il ne se lasse pas d’agir, pas même à cause des désillusions occasionnés par les frères. Il est bien pauvre, l’amour qui cède comme un oiseau aux ailes faibles au moindre obstacle qui le frappe ! Le véritable amour monte, même s’il est blessé. Il s’aide de son bec et de ses ongles pour grimper, s’il ne peut plus voler, pour ne pas rester à l’ombre et au froid, pour aller vers le soleil, qui sert de remède à tout mal. Et dès qu’il à repris des forces, il reprend son vol. Il va de Dieu aux frères et de ceux-ci à Dieu, tel un papillon angélique qui porte le pollen des jardins célestes pour féconder les fleurs de la terre, dont à son tour il porte à Dieu les parfums, volés aux humbles fleurs, pour qu’il les accueille et les bénisse.
Mais malheur à lui s’il s’éloigne du soleil. Le Soleil, c’est mon Eucharistie, car c’est en elle que le Père bénit, que l’Esprit aime tandis que, moi, le Verbe, j’accomplis.
Venez et prenez. Ceci est la Nourriture que je vous demande ardemment de consommer. »

 

IV

« « Si vous demeurez en moi et que mes paroles demeurent en vous, vous me demanderez ce que vous voudrez et cela vous arrivera. »
Je descends en vous et je deviens votre nourriture. Mais, en tant que Centre, je vous aspire à moi. Vous vous nourrissez de moi, mais avec encore plus de raison je me nourris de vous. Ces deux faims sont insatiables et permanentes. La vigne nourrit ses bourgeons, mais ce sont les bourgeons qui font la vigne. L’eau alimente les mers, mais ce sont les mers qui alimentent l’eau, en s’évaporant pour retomber. C’est pourquoi il vous faut demeurez en moi comme moi en vous. Si vous vous séparez de moi, ce n’est pas moi qui mourrai, mais vous.
Je suis nourriture de l’âme et nourriture de la pensée. L’âme se nourrit de la Chair d’un Dieu. En tant qu’essence issue de Dieu, elle ne peut chercher sa nourriture ailleurs qu’en sa matrice. La pensée, elle, se nourrit de ma Parole, qui est la pensée d’un Dieu.
Votre pensée ! C’est par l’intelligence que vous ressemblez à Dieu, car c’est en elle que se trouvent la mémoire, l’intellect et la volonté, de même qu’il y a une similitude dans l’âme, puisqu’elle est spirituelle, libre et immortelle.
Pour être capable de se souvenir, de comprendre et de vouloir ce qui est bien, votre pensée doit être nourrie de mon enseignement. Celui-ci vous rappelle les bienfaits et les œuvres de Dieu, qui est Dieu, ce que l’on doit à Dieu. Il vous fait comprendre le bien et le distinguer du mal. Il vous fait vouloir le bien. Sans mon enseignement, vous devenez esclaves de tout ce qui porte le nom de « doctrines », mais ne sont que des erreurs. Alors, comme des navires sans boussole ni gouvernail, vous allez au naufrage. Vous sortez de la route. Comment pouvez-vous dire alors : « Dieu m’a abandonné », quand c’est vous qui l’avez abandonné ?
Demeurez en moi. Si vous ne demeurez pas en moi, c’est le signe que vous me haïssez. Or le Père hait ceux qui me haïssent, car qui me hait hait le Père, puisque le Père et moi sommes un. Demeurez en moi. Faites en sorte que le Père ne puisse distinguer le sarment de la vigne, tant le sarment ne fait qu’un avec elle. Agissez de manière à ce que le Père ne puisse comprendre où, moi, je finis et où vous commencez tant la ressemblance est parfaite. Celui qui aime finit en effet par prendre la manière de parler, les tics de langage et les gestes de l’être aimé.
Je veux que vous soyez d’autres Jésus. Et cela parce que je veux que vous obteniez ce que vous demandez – si vous êtes unis à moi, vous ne pouvez demander que des choses bonnes – et que vous n’ayez pas à connaître de refus. Je veux même que vous obteniez plus encore que ce que vous demandez, car le Père déverse ses trésors sur son Fils en un continuel flux d’amour. Donc, ceux qui sont dans le Fils profitent de cette effusion infinie, qui est l’amour de Dieu qui se réjouit dans son verbe et circule en lui. Désormais je suis le Corps et vous les membres, si bien que la joie qui m’ inonde et vient du Père, la puissance, la paix et toute autre perfection qui circule en moi tandis que je suis inséparable de vous, ici et dans l’éternité.
Venez et demandez. N’ayez pas peur de demander. Vous pouvez tout demander, car Dieu peut tout donner. Demandez pour vous-mêmes et pour tous. Je vous ai appris à le faire. Demandez pour les présents comme pour les absents, pour ceux qui ont été, sont ou seront. Demandez pour votre journée et pour votre éternité, comme pour celle des gens que vous aimez.
Demandez, demandez, demandez. Pour tous. Pour les bons afin que Dieu les bénisse, pour les mauvais afin que Dieu les convertisse. Répétez avec moi : « Père, pardonne-leur. » Demandez la santé, la paix en famille, la paix dans le monde, la paix pour l’éternité. Demandez la sainteté. Oui, elle aussi. Dieu est le Saint et il est le Père. Avec la vie qui vous maintient, demandez-lui la sainteté grâce à la Force qui vient de lui.
N’ayez pas peur de demander. Le pain quotidien et la bénédiction quotidienne. Vous n’êtes pas uniquement un corps, vous n’êtes pas encore uniquement esprit. Demandez pour l’un comme pour l’autre, et cela vous sera donné. Ne craignez pas de trop oser. Moi-même, j’ai demandé pour vous ma propre gloire, mieux, je vous l’ai donnée afin que vous soyez semblables à nous qui vous aimons, et afin que le monde croie que vous êtes enfants de Dieu.
Venez. Votre Père est dans le Cœur que voici. Entrez, pour qu’il puisse vous reconnaître et dire : « Que l’on fasse une grande fête dans les cieux car j’ai trouvé un fils que j’aimais ! »
« Je t’ai satisfaite, dit Jésus. C’est toujours moi qui ai parlé. J’ai voulu que parle ma Voix eucharistique. Recevez-la comme un don de ma part. Je te bénis, toi et tous ceux qui l’écouteront. »

 


"Les Cahiers de 1944"
p 365 à 377